
Un autre John Ford, très différent de Young Mister Lincoln, qui remporta un immense succès public, lié à son couple vedette, à la splendeur de ses paysages, à sa galerie de personnages hauts en couleurs, à son homérique bagarre. Et aussi à son incroyable vitalité.
C’est d’abord une comédie sur le retour de Sean Thorton (un ancien boxeur américain) dans son Irlande natale, à Innistreet, et sur sa passion amoureuse (« Ma première Love Story », disait John Ford) pour Mary Kate Danaher, passion difficile à concilier avec les impératifs d’un petit monde attaché à ses règles.
Il est encore passionnant de découvrir enfin (pas de re-sortie en salle depuis des décennies) ce film « vieux » de soixante ans, et de voir à quel point il relève aussi d’une démarche profondément personnelle. On voit mieux ce que représente cette Irlande rêvée pour l’ancien émigrant ; et, d’un point de vue actuel, l’énormité de certaines situations (aisément taxables de machisme) passe d’autant mieux, avec le recul, que l’on comprend la manière dont John Ford a toujours décrit la contradiction qui régit le fonctionnement de groupes humains : avec une bienveillance parfois amusée, mais toujours lucide, il montre à quel point les jeux de rôles, les codes et les rituels qui assurent la pérennité du groupe créent en même temps les conditions de sa régression et son asphyxie.
C’est aussi le génie de Ford que d’assumer l’excès de ces représentations, sans prudence, dans l’amour de la vie, dans la joie, mais sur un océan de détresse
Laisser un commentaire