Les Contes à réchauffer
d’ Eric Durnez
Samedi 17 mars à 21h à Cuzin
Tarif : 15 euros / 10 euros (tarif réduit)
Tout public à partir de 15 ans
Auteur : Eric Durnez
Mise en scène : Eric Durnez
Interprétation : Jacques Develay
Assistance à la mise en scène : Eléonore Cassaigneau
Musique : Renaud Grémillon
Scénographie : Eléonore Cassaigneau, Dimitri Votano
Coproductions:
Théâtre de Thouars / Scène Conventionnée;
Une Compagnie (Belgique);
Circuits Scène conventionnée Auch Gers Midi Pyrénées;
Ville de Chinon.
Avec le soutien de la ville de Montreuil-Bellay
La compagnie Kiroul est en résidence permanente à la Petite Pierre (Gers)
Les contes à réchauffer : origines du projet
Il y a quelques années, j’ai écrit d’une seule traite, une quinzaine d’histoires très brèves que j’ai rassemblées sous le titre « Contes à réchauffer », me promettant d’alimenter régulièrement ce début de recueil. A ce jour, il existe une centaine de ces minuscules récits et je ne compte pas m’arrêter de sitôt (peut-être même je ne m’arrêterai jamais…)
Je n’ai pas immédiatement compris d’où me venait ce titre. Y réfléchissant, je me suis rappelé qu’au siècle passé, dans les années 70, alors adolescent, j’avais lu les « Contes glacés » de Jacques Sternberg. A l’époque, la mode était au congélateur. Elle est aujourd’hui au micro-ondes.
Les « contes à réchauffer » peuvent être extrêmement brefs -une ligne- et dépassent rarement une ou deux pages. Ils sont comme les miettes d’un monde qui aurait explosé et dont j’aurais capté des fragments parmi les milliards en suspension dans le vide sidéral.
A s’y méprendre, ce monde ressemble au nôtre. A s’y méprendre. Celui ou ceux qui le relatent et le décrivent le font avec un détachement apparent, comme s’ils consignaient les minutes d’un procès inachevable.
Nous n’avons donc qu’un accès limité à l’univers qui nous est décrit dans « Les contes à réchauffer » et nous sommes contraints de procéder par déduction pour tenter de comprendre sa réalité.
Ces petites histoires sont souvent fuyantes, partielles, brusquement interrompues. Pire : nous mettons en doute la véracité des situations décrites et l’objectivité du ou des narrateurs.
Il y a un indéfinissable mélange d’absurde et de mélancolie dans ces textes
Des figures reviennent régulièrement, des motifs et des lieux réapparaissent. Les contes, ordonnancés selon des critères mystérieux, forment une sorte de roman en creux, forcément décousu et incomplet. Le négatif d’un roman, son ombre, ses vestiges…
L’humour décalé dont certaines de ces histoires semblent procéder est en réalité très sérieux, voire austère.
J’ai donné une première version des « Contes à réchauffer » à Jacques Develay, il y a quelques années. Il a eu l’occasion d’en lire un certain nombre en public et d’en vérifier la portée. De là est née l’envie de créer un spectacle à partir de cette matière. Il y a déjà un certain temps que Jacques et moi échangeons nos textes et nos expériences. Nous souhaitions travailler sur un projet commun et nous avons décidé de « passer à l’action ».
Du texte au théâtre
Même s’ils portent en eux un potentiel dramatique, les « Contes à réchauffer » n’ont pas été écrits pour la scène. Il était donc nécessaire de faire une série de choix et d’adaptations. Une sélection de contes a été opérée et un leur ordre a été revu. Nous avons apporté des modifications à certains textes pour des questions de cohérence dramatique qui se sont imposées à nous en cours de travail.
Les contes sont presque tous écrits à la première personne, mais le narrateur n’en est pas forcément le protagoniste principal. Il peut apparaître comme un témoin extérieur, voire un commentateur, raconter quelque chose qui lui arrive -dont il est la victime ou le responsable-, relater une action dans laquelle il n’est qu’un des participants. Enfin, certains de ces contes sont tout de même écrits à la troisième personne et peuvent s’assimiler à des faits divers, des entrefilets, des pages arrachées d’un roman…
Il s’agissait donc d’organiser cette matière pour qu’elle passe par le corps et la voix d’un acteur.
Au temps passé des contes (même s’il s’agit souvent d’un passé qu’on devine très proche), il fallait ajouter le temps présent de la représentation
Le spectacle
Un personnage (qu’entre nous, nous avons baptisé “ le je « ) attend, comme sorti d’un tableau de Magritte…
L’espace est un constitué d’un plan incliné qui occupe toute l’ouverture du plateau et qui monte vers le fond de scène. Entre le bord du plan incliné (assez élevé) et le fond de scène, un vide qu’on ne voit pas (puisqu’il est caché par le plan incliné) mais que l’on perçoit par un effet de profondeur produit par l’éclairage. Le cyclo évoque un ciel plombé. Nous sommes donc bel et bien au bord d’une sorte de falaise… Impression renforcée par l’environnement sonore (vent de tempête, bruit d’océan…)
Le personnage est au bord du gouffre. On devine ses intentions suicidaires.
Cependant, quelque chose le retient de faire le grand saut, peut-être le sentiment d’une présence… Celle du public ? Une envie de parler encore, de livrer un ultime souvenir, de pousser un dernier cri, un dernier chant ?
Le personnage nous livre, l’une après l’autre, entraîné par son propre mouvement, ses histoires étranges. Certaines peuvent apparaître comme des souvenirs, d’autres comme des témoignages ou des réflexions… Jamais le personnage n’essaie de raconter ce qui l’a amené là ni d’expliquer ce qu’il fait et pourquoi il s’adresse à nous. Les contes surgissent de lui, se jouent, se reconstituent et s’imposent au public, sur un ton plutôt sérieux ou détaché. Du sol, de son manteau ou de sa valisette, le personnage sort des objets : un chapeau, une photo, une robe, un livre quelque chose à manger, une petite radio, un jeu de cartes….
Plusieurs fois, notre homme revient au bord de la falaise et plus rien ne semble s’opposer à ce qu’il se précipite dans le vide… Mais son suicide est à chaque fois différé, pour des raisons diverses : il veut encore nous préciser ou nous raconter quelque chose, il veut revenir sur un des personnages déjà évoqué, il a oublié d’éteindre la radio…
Ce scénario « sisyphien » constitue la charpente du spectacle, l’histoire « hors-texte ».
L’humour « à froid » des contes et de la situation sont contrebalancés par des moments où le personnage s’oublie, s’emporte, s’émeut…
Une musique (composée par Renaud Grémillon) s’immisce quelquefois dans le spectacle, apaisante ou nostalgique…
Entre inquiétude et dérision, désenchantement et burlesque, les contes à réchauffer nous offrent un regard décalé et surréaliste sur un monde en déroute : le nôtre.
Eric Durnez