Anne-Christine Tinel à  la rencontre de son public

Vendredi 11 Décembre 2009 à  18h

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5 – Ce visage qu’ont les morts

mercredi.

Vers cinq heures, quand Odette et moi nous sommes entrées dans la maison de ma grand-mère, comme tous les mercredis, pour la petite visite, ça ne sentait pas le macchabée, mais la brioche. Histoire de faire diversion, une dernière fois.

La brioche, Odette n’y a pas touché, évidemment. Odette, je dis Odette, mais c’est ma mère.

Comme si j’allais trouver la fève, c’est moi qui l’ai mangée la brioche, toute seule, entière, exquise, à  m’en faire péter la panse. Rien trouvé.

Elle l’avait fait pour nous, ce putain de gâteau.

Il faut respecter la volonté des disparus.

*

Nuit de mercredi à  jeudi.

Collée contre Antoine. Trop chaud. Besoin de transpirer. De cet excès-là .

Je ne suis pas triste.

Quatre-vingt-treize ans, un bon âge pour mourir.

N’arrête pas de me représenter ce qu’a pu être sa dernière journée.

Début d’après-midi ; il y a du vent derrière la fenêtre ; allumer le four ; farine ; beurre ; oeufs ; sucre ; levure ; graines de pavot. Battre, longtemps.

Mettre au four.

Puis.

Je revois ce geste. Le même. Toujours le même.

Elle essuie ses mains après son tablier qu’elle vient de détacher, de poser sur une chaise dans la cuisine ;
c’est après ce geste. L’odeur n’a pas encore gonflé dans la maison.

C’est après.

Qu’elle est allée se coucher sur son lit pour mourir, bien tranquillement.

Ce visage qu’ont les morts. La matière surtout. La matière des morts.

Agrégée de lettres modernes, Anne-Christine Tinel a une pratique diversifiée de l’écriture, notamment à  travers celle de livrets d’opéra et de pièces de théâtre. Elle a passé sept ans en Tunisie où elle a enseigné la littérature et l’histoire de l’art à  l’université. Aujourd’hui, elle habite à  Auch. Son premier roman Tunis, par hasard est paru chez elyzad en 2008.

Quand j’ai commencé à  écrire L’oeil postiche de la statue kongo, avant même de me mettre à  ma table de travail, je possédais déjà  la clé du dénouement. Mais j’ignorais tout à  fait la façon dont le livre allait s’écrire pour en arriver là . Je l’ai découvert jour après jour en écrivant, et vraiment j’ai éprouvé le suspense au coeur de l’invention. J’ai pensé au sens latin d’inventer ; le mot vient de invenire, trouver, découvrir ; en ce sens Christophe Colomb est l’inventeur de l’Amérique ; je me sens donc moins l’auteur que l’inventeur de l’oeil postiche de la statue Kongo. C’est ce que je cherchais, exactement, en débordant dans les marges de l’espace-polar : moins un effet de mode, que la quête d’une tension narrative, sous la forme d’un écheveau à  démêler. Je cherchais l’outil d’une forme. Bien entendu le livre n’est pas exactement un roman policier. Il n’y a pas l’ombre d’un policier, d’ailleurs, dans le récit. C’est d’abord un ouvrage intimiste, où l’enquête est dans une relation musicale contrapuntique avec la quête de soi. »

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