Michel Vaujour a toujours préféré la fuite à la prison, l’aventure à la soumission, la liberté à la loi. En l’espace de 30 ans, il aura passé 27 ans en prison – dont 17 en cellule d’isolement – et sera parvenu à s’en échapper à 5 reprises avant d’obtenir une libération conditionnelle en 2003. Après Robin des Bois et Jessie James, Clyde Borrow et Mesrine, c’est au tour de l’ancien braqueur Michel Vaujour – connu surtout pour son évasion spectaculaire de la Santé en 1986 – d’entrer dans le cercle des hors-la-loi mythiques. Difficile cependant d’imaginer portrait plus sobre à partir d’un destin qui le fut si peu. Fabienne Godet (La Tentation de l’innocence, Sauf le respect que je vous dois) tire un documentaire très dépouillé. L’ascèse des plans et du matériau se plie avec justesse à la personnalité de Vaujour, dont le charisme tient lieu de mise en scène. Doué pour les mots, et même poète, l’ex-bandit convie par l’éloquence de ses récits à un film d’action intériorisé, parfois métaphysique – et offre au Mesrine de Richet un contrepoint fort. Si cette vie trépidante l’a souvent exposé au pire, elle l’a aussi confronté à un incroyable face-à -face avec lui-même. Avec le temps, cette fuite en avant est devenue une ascension intérieure, une esquisse de philosophie où il lui a fallu vaincre une certaine idée de soi, de la vie et des autres. C’est à ce voyage initiatique que nous convie ce film.