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Oshen

Date de l'article : vendredi 25 mai 2007

Avant tout, Oshen voyage à l’intérieur, à coups de mélodies fulgurantes et de mots idem. Elle a un contrat particulier avec les muses. Elle plonge ses yeux et ses oreilles dans le monde et en sort des perles. Bien sûr, elle lit Philip Roth, ou Antonin Artaud, elle passe des premiers Godard aux derniers Clint Eastwood, elle met Fela Kuti, Radiohead ou PJ Harvey à fond dans son i-pod et se tape la saison 38 de Heroes ou Weeds. Mais elle fait de tout cela une digestion si particulière ! Un monde à elle. Bien à elle. Et qui pourtant nous ressemble.

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En l’écoutant chanter ou en la regardant en scène, on se laisse envahir par les questions. - Ces questions-ressac qu’on se pose à propos des grands artistes éclairés (si, si) - : Comment sait-elle tout ça, déjà  ? Comment ose t-elle tout ça, à haute et si belle voix, alors qu’elle n’a même pas trente berges dans son sac à dos ? Comment fait elle pour alterner si bien la gravité sourde et l’humour ultra-lucide ? Les rimes féminines et masculines, les ambiguïtés qui vont avec, les douces cruautés, le lyrisme, la mer calme et agitée ? Quelle est sa formule magique ?
Car Oshen a beau déployer toute sa transparence et son humanité, sa franchise et sa bienveillance, elle reste mystérieuse jusqu’au plus profond de ses mélodies, de sa poésie et même, de ses clin d’œil d’insolente invétérée qui nous délectent. Elle trimballe avec elle la carte mystère, cadeau des cieux pour celle qui va voyager.

Puisqu’elle voyage aussi à l’extérieur. Voilà plus de 5 ans qu’elle arpente les scènes de France, parfois au rythme de 80 concerts par an…Et, en risqueuse, en joueuse, qui aime donner, rire, partager l’intensité et la complicité d’un instant, elle ne craint pas cette rencontre avec nous. Ni les concerts seule en scène en comités restreints ni ceux grand format avec musiciens aux côtés des cadors du milieu (Bénabar, Bashung,, Anais…)

La scène lui va bien, elle s’y régale, et nous au passage.

Mais il fallait au public un disque. Impossible pour nous de rentrer à la maison sans la trace gravée de ce que nous venions d’entendre. Une galette à déguster.
Alors Oshen a sorti un premier album : « Don Juan », chez V2 Music. Un disque effervescent, riche, dense, varié. Photographie punchie d’une artiste en mouvement, et une occasion pour ceux qui ne l’avaient pas vue sur scène de la découvrir et d’espérer le second album.

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Le second : Le voilà . (Toujours chez V2 Music, distribution Warner) Il s’appelle « Je ne suis pas Celle », et déjà le ton est donné. Celui de la confidence droit dans les yeux, de l’élégance, de la douceur, de la surprise, et toujours de l’humour. Ici, elle nous offre sa voix, plus riche encore, ses textes, plus ciselés. Ses musiques, épurées, donnent une sensation de justesse et de délicatesse. Cette fois on n’est plus dans la photographie d’un parcours mais dans la construction d’un moment particulier. « Je ne suis pas celle » est une bulle, une respiration, un petit monde à part. Et cela, l’arrangeur Vincent Segal, (Le Cello de Bumcello et M, qui a aussi réalisé les albums de Jeanne Cherhal & Piers Facini) l’a bien compris, habillant les morceaux d’Oshen de sa finesse et de sa distinction musicale, (basse, violoncelle, guitare) à la recherche avec elle de l’originel et donc de l’original. Il ne lui a pas échappé néanmoins (notamment dans Baratineur, le duo avec Anaïs), qu’il y avait aussi chez Oshen de l’électrique, du DJ, des drums, des scratches ! Même si là encore, rien de superflu…Juste ce qu’il faut pour nous faire bouger, ou sourire.

Visitons pas à pas ce deuxième album :

Battement percu-chœurs pour ce premier titre, Dans La peau. Déclaration d’amour avec warnings, pour prévenir l’être aimé qu’on n’a plus 15 ans et la candeur qui va avec. Mais qu’importe ! « Nous ne sommes plus vierges / De tout de tours de tourments…Avec eux tu me prends ou bien tu te méprends… ». Finesse aussi dans, Merci. Pure chanson d’amour, adressée à l’être aimé depuis longtemps, vieux partenaire, toujours là malgré les accidents, malgré l’usure. La voix est belle. Dépouillée comme son titre. « Merci pour tes « non », ils me mettent des ailes dans l’plomb… ».

Le plomb est dans le barillet : Oshen versus Anaïs ! Elles ont sorti la peste-panoplie, ça donne un duo dynamique, musical, cinglant, hilarant. L’objet du litige est un pur Baratineur, et on s’en envoie des vertes et des pas mûres pour ses beaux yeux ! Chouette.
« En Visage »…Ans visage. « Le temps a laissé ses tracés vrais sur ton doux visage halé ( ) et pourtant j’envisage… et pourtant j’envisage… ». Douce chanson - balancée qui fait la part belle aux points de suspensions…

Et revoilà l’amour - au sens large cette fois - petite récréation d’idéal, Oshen solidaire avec : « Si tu tombes, je te relève ! Si je tombe, tu me relèves ». Folk et utopie font bon ménage et nous on fait clap clap avec nos doigts avant que… Jim…Jiiiiim…
Jim , le petit moment cinéma de l’album. Pour Oshen, les filles partent du principe que les gars ne disent jamais non. Elles ont tort ! C’est l’histoire d’une veste. Ou plutôt d’un sweet. Sweet Jim … Bref, c’est l’histoire d’une fille éprise qui invite son collègue de bureau « Jim » à boire un verre chez elle. Sauf que la fille ne sait pas bien…enfin ne sait pas comment… « allons… allons… » allonger son Jim sur son canapé. Dégainage de plume acérée et drôle.

Changement de cap. Pas drôle l’ « Arc en ciel ». Dur. Rupture. L’autre « prend le large » malgré une dernière étreinte, coup de grâce. Les images se tendent, sonorités cabossées : Oshen douloureuse a « la gueule d’un parterre de parking/ Les mots empêtrés pudding » Les percussions tapent.

« Je n’ai pas ce petit quelque chose » petit pied de nez grinçant à « l’autre » qui a préféré s’unir ailleurs. « Si tu m’avais choisie moi » envisage Oshen, listant tendrement tous les avantages perdus dans la transaction.
Jim le retour ! « Poissons Rouges », est une rock - déclaration de silence : Ne rien dire à personne, (« Je serai ton poisson rouge, et toi tu seras le mien ») c’est le pacte proposé à Jim par celle qui cherche encore à se consumer dans ses bras ! Oshen prête à tout !

Confidence violoncelle, Je ne suis pas Celle toute élégance dehors, tant dans la mélodie, que dans l’aveu de celle qui joue « double jeu », caméléon pour faire plaisir aux autres et ne pas sortir du cadre, étouffant au passage ce qu’elle est vraiment. Jusqu’à ce que : « après l’effort, le déconfort, protégez vous car la bête sort… »

La bête est sortie pour « J’ai la flemme d’aimer », reprise de Orly Chap. Chanson dangereuse, passionnelle, risquée. Poésie toute voile dehors : « Dans ce huis clos qui sent le thé », l’amour est en cendre. (« J’aimerais m’agripper à ta peau, comme un sourd à son sonotone »).

La fin est belle… Envolée. Pas si simple…
Coup de plume arc-en ciel. ..

Voir en ligne : http://www.oshen.info/